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Les chiens de l'Ariège.

Autrefois le Midi possédait de nombreuses meutes de pur sang français, soit Gascons, soit Saintongeois. L'Ariège, le Tarn et la Haute-Garonne étaient des pays d'élevage où tout le monde, en haut comme en bas de l'échelle sociale, était plus ou moins chasseur au chien courant. Ceux qui possédaient une bonne lice, briquette du pays, s'empressaient de la laisser saillir par un étalon pur sang appartenant aux meutes qui se trouvaient dans le voisinage; de la naissaient des produits qui tenaient le milieu entre l'origine paternelle et l'origine maternelle, c'est-a-dire des chiens moins grands, moins lourds que le pur sang, mais qui héritaient de son élégance, de sa distinction, de sa gorge, de son nez et de sa robe bleue ou blanche et noire; d'un autre côté ils empruntaient au briquet son intelligence, son activité, son adresse et sa persistance dans le travail. Ces chiens la formaient des chiens de lièvre remarquables, vifs, travailleurs, criant bien et se prêtant mieux a la chasse en montagne; aussi les veneurs du Midi s'appliquèrent-ils a conserver et a améliorer cette race de chiens qui furent appelés dans la région chiens coupes, et comme l'Ariège est le pays où on en élevait le plus et d'où venaient les meilleurs sujets, on appela les chiens coupes, Chiens de l'Ariège Malheureusement, peu a peu les meutes de pur sang disparurent, la disparition du gibier, l'amoindrissement des fortunes, le morcellement des propriétés et le mauvais vouloir des petits propriétaires, furent les causes de la disparition des grands équipages du Midi. La Race Ariégeoise ne pouvait se maintenir qu'a la condition de recevoir de loin en loin quelques gouttes de sang pur; or, comme les petits éleveurs n'avaient plus cette facilité, comme d'ailleurs ils n'écoulaient plus facilement leurs produits, la race Ariégeoise tomba dans une décadence dont elle ne s'est plus relevée et on ne trouve plus aujourd'hui de vrais chiens coupes ou Ariégeois que dans quelques chenils où les maîtres les conservent avec soin et arrivent a les maintenir par un renouvellement fréquent avec le pur sang. Le chien de l'Ariège représente donc, dans le Midi, le chien que, dans le nord de la France, on appelle le bâtard, avec cette différence qu'il n'a pas une goutte de sang anglais, puisqu'il est le résultat du croisement du briquet avec le chien de pur sang français. Comme le bâtard, il se maintient longtemps, mais il a besoin, a un moment donné, de se retremper dans le pur sang français. Ce sont donc des chiens purs français, mais non des pur sang, comme les Gascons, les Saintongeois ou les Gascons-Saintongeois. Nous donnons, d'après une photographie, un portrait de Calypso, par Tapageur, un beau chien de Virelade réformé après un accident et Sapho, briquette de l'Ariège, Calypso a figuré a l'exposition des Tuileries en 1889 dans une petite meute présentée par son possesseur, M. Aldebert, de Millau. Ces chiens, comme on a pu le voir, étaient de la taille des Gascons et des Saintongeois, l'épithète de briquets est donc parfaitement déplacée a leur endroit; ce sont des chiens de lièvre parfaits, ayant l'élégance, la taille et la robe des Saintongeois, gorgés comme des chiens d'ordre, de première vitesse, rustiques, vigoureux et merveilleusement intelligents. Nous comptons encore comme composées de chiens de cette race, les meutes de MM. de Lyrrade, Baron de Perrier, de Puységur, Daguillon-Pujol, Laval, toutes composées de jolis Ariégeois ou chiens coupés. Une meute encore a signaler est celle de Mme Guimet, une Diane chasseresse passionnée. Ayant acheté la propriété du marquis de Fondras, en Bourgogne, qui chassait avec des chiens bleus, Mme Guimet, en souvenir du marquis, se constitua une meute de Gascons-Ariégeois qu'elle sélectionna pendant douze ans, s'en occupant avec la plus grande sollicitude. Ces chiens chassèrent pendant plusieurs années et très régulièrement en Saône-et Loire où ils forçaient le lièvre en deux heures et demie; puis le chevreuil et même le sanglier dans la Côte-d'Or. Plusieurs des sujets de cette meute ont été exposés a Paris où ils ont toujours remporté des prix. Au printemps dernier trois de ces chiens ont eu chacun un prix pour leur élégance et leur grande finesse, et, de l'avis des juges, de M de Vezins en particulier, c'était de beaux types d'Ariégeois bleus. Mme Guimet, ayant renonce a la chasse au chien courant s'est défait dernièrement de sa meute et n'a conservé qu'une fort belle lice qu'elle ne cédera qu'a un amateur qui s'engagera a ne pas la mésallier. Les chiens courants purs français du Midi; de la seconde catégorie, sont fournis par les Ariégeois qui constituent les différentes meutes dont nous avons parlé. En résumé, nous avons dans le Midi deux catégories de chiens purs français : des pur-sang, chiens d'ordre et des chiens de demi-sang ou croisés. En première ligne de la première catégorie figurent Gascons du Baron de Ruble, vieux veneur qui, il y a dix ans et âgé de quatre-vingt-quatre ans, chassait encore avec un vieux piqueur de quatre-vingt-cinq ans. Sa meute, composée de Gascons purs, a fourni bien des étalons au chenil de Virelade et réciproquement. La, pas une mésalliance, sévérité absolue pendant soixante ans d'un élevage soigné et suivi. Après l'équipage de M. de Ruble, et celui de Virelade, il y avait a citer encore la meute de M. Larrée, dans le Gers, premier prix au concours d'Auch en 1889, composée de Gascons — 129 — purs de la plus pure origine ; puis la meute de M. Saintex, a Auch, et une autre dans la Haute-Garonne, prix d'honneur a Toulouse et a Foix. — Existent-elles encore? Nous citerons encore l'élevage de Gascon- Saintongeois de M. E. de Vezins, dans le Tarn-et-Garonne, dont nous avons tous admiré en 1885, a l'exposition des Tuileries, la lice Souveraine, prix d'honneur et prix de la souscription du Nemrod, et qui presque chaque année y en envoie encore quelques couples.

Pierre Mégnin. Le Chien et ses Races. 1890

Chien de l'Ariège
Calypso, chienne Virelade-Ariègeoise, par Tapageur, pur sang de Virelade,
hors de Sapho, Ariègeoise ; à M. Aldebert, de Millau.