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Les Chiens Gascons-Saintongeois, ou de la Race de Virelade.

C'est en 1846, que M. Joseph de Carayon-Lateur — qui avait eu la bonne fortune d'hériter des derniers restes du sang de Saintonge, — s'associant a M. de Ruble, possesseur de chiens de la race de Gascogne dont nous avons parlé, et, choisissant dans ceux-ci les types qui se rapprochaient le plus, par la couleur et les formes, du sang de M. de Saint-Légier, a commencé la création de la fameuse race des chiens Gascons-Saintongeois ou de Virelade, et cette oeuvre s'est continuée depuis sans interruption. « Ces deux races, dit M. de Garayon, étaient « de même taille, 23 a 25 pouces; elles avaient «les qualités qui, de tout temps, ont distingué «les chiens français : une grande finesse de nez, une belle gorge et une menée noble et droite. Sous poil blanc marque de noir, les chiens de Saintonge avaient la tête fine, l'oreille papillotée, le cou long et léger, la poitrine profonde, le rein harpé mais étroit, la cuisse plate, la queue basse, la patte de lièvre sèche et nerveuse. Sous poil bleu marqué de noir, les chiens de Gascogne avaient la tête forte, l'oreille longue et papillotée, les babines un peu pendantes, le dos large et musclé, la hanche saillante, la queue fine et relevée sur le rein, les membres très forts ; d'une vigoureuse santé, ardents et actifs dans les défauts, ils chassaient le loup « d'amitié » et le lièvre avec une rare perfection. En dehors de ces deux races existaient dans la Gironde, quelques individualités isolées, provenant de l'ancien équipage de la Société bordelaise dirigée par M. Desfourniel. Ces chiens, dits chiens de Bordeaux avaient beaucoup d'affinité avec les races de Saintonge et de Gascogne que je viens de décrire. M. Desfourniel, véritable veneur, partisan décidé de la chasse francaise, avait élevé de très beaux sujets, parmi lesquels j'ai rencontré quelques types qui m'ont été très utiles. Ces espèces, — dont on ne trouve aucune description technique dans les ouvrages de vénerie, — devaient avoir une même origine et provenaient sans doute du croisement des chiens blancs et des chiens noirs, dont parle Charles IX dans sa Vénerie royale. « A mes débuts, je fus donc en présence des races de chiens français les plus pures et les meilleures. Ayant eu occasion de chasser souvent, avec les plus beaux équipages du Nord de la France et de juger a l'oeuvre un grand nombre de meutes de chiens anglais et de bâtards, il me fut permis d'apprécier les qualités respectives de ces différentes espèces. Je n'hésitais pas a donner toute ma préférence aux chiens français. C'est a la suite d'accouplements judicieux, aidés par une fortifiante éducation, que les chiens dont se compose aujourd'hui mon équipage ont été obtenus. Par leur union ou leur mélange, le sang des chiens de Gascogne et de Saintonge s'est revivifié, la force et la santé ont fait alliance avec l'élégance et la légèreté. Les chiens de la race de Virelade — qu'on pourrait appeler maintenant la race de Saintonge perfectionnée, ont beaucoup de ressemblance avec leurs ancêtres, les Saintongeois de M de Saint-Légier : ils sont très grands, ont une tournure et une noblesse singulière ; on voit que ce sont des chiens de haut lignage. Forts et légers en même temps, ils sont peut-être un peu trop longs et paraissent encore un peu mous. Tous marqués blanc et noir, « quatroeillés », l'oreille bien tournée et bien papillotée, la tête pas trop forte, la cuisse du Saintongeois mais améliorée et bien descendue, la queue beaucoup mieux placée, longue et bien portée, la patte de lièvre, ils ont, dit-on, beaucoup de fond et sont très collés a leur voie ; mais ils ne se rallient pas très facilement et sont d'un train modéré. Comme presque tous les chiens français, on n'en fait pas très aisément des chiens de change, mais comme ils sont assez sages et ont beaucoup de tenue, ils ne font pas souvent change et prennent alors très bien leur animal, lièvre, chevreuil ou cerf. Outre la meute hors ligne de M. de Carayon, il y a maintenant en France plusieurs équipages composés de cette belle race, tous ceux qui possèdent ou voudraient posséder de la race de Saintonge doivent prendre leurs reproducteurs a Virelade et procéder, comme a fait M. de Carayon, par la sélection et en échangeant étalons et lices avec les autres propriétaires de la race . La belle race de Virelade, après la mort de M. Joseph de Garayon-Latour n'a pas périclité dans les mains de son neveu et tout le monde a pu admirer en 1889, à l'Exposition canine de la Terrasse des Tuileries, la belle meute de vingt-deux chiens de Virelade qui remporta, avec toute justice, non seulement le prix d'honneur de la classe, mais le prix spécial du président de la République, destiné a la plus belle meute. Nous avons admirablement aménagé près de Codensac, mais encore par les produits de pur-sang qu'élèvent dans la Dordogne et dans l'Aveyron des amis de M. le baron de Carayos-Latour.

Pierre Mégnin. Le Chien et ses Races. 1890

chien de Virelade
NOVATEUR, chien de Virelade, à M. J. de Carayon-Latour, exposé en 1863.