Extrait du livre: Manuel du chasseur au CHIEN D'ARRÊT année 1857.

Léonce De Curel

La chasse, en France, est devenue une manie comme le cigare; elle a augmenté en raison directe de la cherté de la vie et de la diminution du gibier. En 1830,il y avait 35,000 ports d'armes et 5,000 personnes environ qui, à leurs risques et périls, chassaient sans être en règle vis-à-vis du percepteur, aujourd'hui il y a 150,000 permis réguliers. C'est heureux pour le fisc, mais regrettable pour la morale. Les ouvriers, les artisans, les laboureurs, les marchands, les petits employés ont moins de loisirs que jamais, et cependant ils se précipitent avec fureur sur le délassement qui demande le plus de loisir, sur celui qui consomme le plus de temps et d'argent. Certaines personnes ont entendu dire que la chasse était le plaisir des rois, des gentilshommes, des grands seigneurs, et ils y ont couru tous comme au fruit défendu, et pour faire acte d'égalité, cette rage des temps modernes. Il y a des gens qui, en langage convenu, appellent cela une conquête de 89 , mais, comme beaucoup de choses dont nous nous glorifions, c'est une caricature et un abus de liberté, voilà tout. Pour chasser, il faut être, sinon riche, au moins à l'aise, remplir un état, des fonctions qui exigent pas une surveillance continue. Hors de là le chasseur s'égare, il court à sa perte, ou tout au moins à des regrets. Quoi qu'il en soit, puisqu'on ne peut mettre un frein à ce flot débordé de chasseurs novices, il faut essayer de leur apprendre l'A B C du métier, et leur enseigner à tirer de leur chien le plus prompt et le meilleur parti possible. Je tâcherai de ne pas me perdre, comme M. Blaze, dans des anecdotes et des recettes de cuisine; je suivrai moins encore M. d'Houdetot, dans ses attaques de sensiblerie sur le chien, et dans ses déclamations libérales sur les édits qui réglaient jadis le droit de chasse; si, au courant de ma plume, il m'arrive d'en parler, j'écrirai en me rappelant la justice que l'on doit au passé. Je songerai qu'il n'est pas loyal d'apprécier les époques antérieures avec les faits, les connaissances et les progrès du présent; enfin, je me redirai ce vieux dicton plein de sagesse et trop oublié de notre temps: Paris n'a pas été fait en un jour ; ce sera le moyen d'être sérieux sans tomber dans le ridicule. Je cite particulièrement ces deux auteurs, parce qu'ils sont les derniers qui ont traité du chien d'arrêt, et que leurs livres en général spirituellement écrits pourraient propager l'erreur, les fausses doctrines et les mécomptes. Cet opuscule sera très court et resserré dans quatre chapitres. Le premier traitera du chien en général; le second des maladies du chien; le troisième de l'éducation théorique et pratique du chien d'arrêt; le quatrième de l'application de cette éducation à la chasse de la caille, de la perdrix et du lièvre. Ce cadre est fort restreint et peu propre à effrayer ceux qui redoutent l'ennui; puissé-je cependant le remplir convenablement et faire dire au lecteur : In tenuitate copia!

 

 

Autre extrait du livre

Extrait d'Erasme (La chasse à courre)
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