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Né à Rotterdam vers 1469, mort à Bâle en 1536, Erasme est la figure la plus marquante de l'humanisme

Dans L'Éloge de la folie Erasme disait de la chasse à courre.

On n'hésite pas à traiter de fou un homme qui, par le dérèglement de l'imagination, prend une citroüille pour une femme. Pourquoi ? parce que cette maladie de cerveau est très rare. Mais qu'un sot époux adore sa femme; quoiqu'elle lui plante sur le front une forêt de cornes, qu'il la croie aussi chaste que Pénélope, et qu'il se félicite en lui-même, ou qu'il bénisse son destin d'avoir trouvé une Lucrèce, on ne s'avisera point de le taxer de folie. Pourquoi ? c'est qu'il n'y a rien de plus ordinaire. Il faut mettre dans la même classe ceux qui méprisent tout hors la chasse, et qui ne conçoivent pas de plus grand plaisir, que celui d'entendre l'affreux son du cor, ou les cris des chiens. Quand les fumets des bêtes fauves frappent l'odorat du chasseur, je me figure qu'il croit sentir les plus doux parfums. S'agit-il de mettre sa proye (proie) en pièces ? Quelle volupté ! Assommer, égorger, démembrer des bœufs et des moutons, c'est le métier de la canaille. Pour la venaison c'est autre chose: il n'est permis qu'aux riches d'en être les bouchers. Aussi la dissection s'en fait-elle avec cérémonie. Le maître de chasse nue tête, et à genoux; il prend le coutelas consacré à ce sacrifice, car ce serait offenser Diane, que d'en employer un autre: armé de ce glaive, il coupe religieusement les membres de l'animal, le tout par ordre, et en faisant certains gestes. Pendant toute cette pompeuse opération, toute la troupe environne le Prêtre de la Déesse: tous gardent un profond silence, et paraissent aussi étonnés de ce spectacle qu'ils ont vû mille fois, que si c'était une nouveauté pour eux. Celui qui a le bonheur de manger la part de la chasse, ne s'en tient pas peu honoré, et regarde cette distinction comme un nouveau titre de noblesse. Enfin, quoique les chasseurs, qui usent leurs jours à poursuivre et à manger des bêtes sauvages, ne tirent point d'autre fruit de ce pénible et fatiguant exercice, que de devenir eux-même sauvages, il s'imaginent qu'ils vivent en Rois.